Le diagnostiqueur prélève, le laboratoire analyse

Quand un matériau est suspecté de contenir de l’amiante et qu’il ne peut pas être conclu à l’œil, le diagnostiqueur réalise un prélèvement. Il ne l’analyse pas lui-même : les analyses de matériaux et produits susceptibles de contenir de l’amiante sont réalisées par un organisme accrédité (art. R1334-24 du code de la santé publique). Les modalités d’analyse sont fixées par l’arrêté du 1er octobre 2019.

À l’examen, retiens la répartition des rôles : le diagnostiqueur choisit où prélever et transmet un échantillon bien identifié, couche par couche ; le laboratoire choisit et applique la méthode d’analyse.

Tout part de l’examen à la loupe binoculaire

C’est le point que beaucoup de candidats ratent : l’arrêté du 1er octobre 2019 ne choisit pas la méthode selon le type de matériau (dalle, enduit, colle…). Il la choisit selon ce que le laboratoire observe lors de l’examen préliminaire de chaque couche à la loupe binoculaire :

MOLP : quand des fibres libres sont visibles

La MOLP (microscopie optique en lumière polarisée) identifie les fibres à partir de leurs propriétés optiques et de leur forme. Elle convient aux matériaux fibreux, où les fibres sont visibles : flocages, calorifugeages, certains enduits ou cartons. Chaque couche à analyser fait l’objet d’au moins deux prises d’essai (arrêté du 1er octobre 2019, annexe I).

Si la MOLP met en évidence des fibres d’amiante, le laboratoire conclut à la présence d’amiante. S’il y a un doute sur le résultat (identification équivoque, par exemple), l’échantillon fait l’objet d’une analyse complémentaire en META.

META : quand aucune fibre libre n’est visible

La META (microscopie électronique à transmission analytique) observe des fibres beaucoup plus fines et donne en plus leur composition chimique, ce qui permet de les identifier. Elle s’impose quand les fibres sont prises dans une matrice qui les masque : c’est le cas typique des dalles de sol vinyle-amiante, où le chrysotile, très fin, est noyé dans le plastique, ou de certaines colles et de certains mortiers.

Une dalle de sol vinyle est donc en général analysée en META. Mais retiens bien la raison : ce n’est pas parce que c’est une dalle, c’est parce qu’on n’y observe en général pas de fibres libres à la loupe.

Et pour l’air : mesures d’empoussièrement et MOCP

L’analyse d’un matériau ne doit pas être confondue avec la mesure d’empoussièrement, qui porte sur l’air. Dans les immeubles bâtis, elle est notamment exigée après un score 2 sur la liste A (art. R1334-27). Elle comprend un prélèvement d’air et une analyse des fibres (art. R1334-25), selon les modalités de l’arrêté du 19 août 2011 : prélèvement selon la norme NF X 43-269, analyse en META selon la norme NF X 43-050. Le seuil de référence est de 5 fibres par litre (art. R1334-28).

La MOCP (microscopie optique à contraste de phase) est une méthode optique de comptage de fibres dans l’air. Elle ne permet pas, à elle seule, de distinguer l’amiante des autres fibres, et selon l’INRS elle ne voit pas les fibres les plus fines, qu’elle sous-estime donc. Ce n’est pas la méthode retenue pour les mesures d’empoussièrement dans les immeubles bâtis.

Tableau récapitulatif

MOLPMETAMOCP
Nom completMicroscopie optique en lumière polariséeMicroscopie électronique à transmission analytiqueMicroscopie optique à contraste de phase
Ce qu’on analyseMatériau (couche par couche)Matériau, et air des immeubles bâtisAir (comptage de fibres)
Quand l’utiliserFibres libres observées à la loupeAucune fibre libre observée, doute après MOLP, mesure d’empoussièrementPas pour les mesures d’empoussièrement des immeubles bâtis
Point fortRapide, adaptée aux matériaux fibreuxVoit les fibres très fines et donne leur compositionSimple, optique
LimiteFibres masquées dans une matricePlus longue et plus coûteuseNe distingue pas l’amiante, sous-estime les fibres fines
TexteArrêté du 1er octobre 2019, annexe IArrêté du 1er octobre 2019 ; arrêté du 19 août 2011—

Pièges d’examen

On croit que… la méthode dépend du type de matériau : dalle = META, flocage = MOLP.
En réalité… elle dépend de l’observation de fibres libres à la loupe binoculaire. Le type de matériau ne fait que rendre un cas plus probable que l’autre.

On croit que… la MOLP étant la méthode la plus répandue, son résultat suffit toujours.
En réalité… en cas de doute sur le résultat, le laboratoire doit faire une analyse complémentaire en META.

On croit que… une mesure d’empoussièrement dans un logement peut se faire en MOCP.
En réalité… dans les immeubles bâtis, l’air est analysé en META (arrêté du 19 août 2011), avec un seuil de 5 fibres par litre.

On croit que… le diagnostiqueur certifié peut analyser lui-même ses prélèvements.
En réalité… l’analyse est réservée à un organisme accrédité (art. R1334-24). Le diagnostiqueur prélève et transmet.

À retenir

Pour savoir quand une mesure d’empoussièrement est déclenchée, revois la fiche listes A, B et C.

Sources : Code de la santé publique, art. R1334-24, R1334-25, R1334-27 et R1334-28 (Légifrance) ; arrêté du 1er octobre 2019 relatif aux modalités de réalisation des analyses de matériaux et produits susceptibles de contenir de l’amiante, annexe I (Légifrance) ; arrêté du 19 août 2011 relatif aux modalités de réalisation des mesures d’empoussièrement dans l’air des immeubles bâtis (Légifrance) ; INRS, campagne de mesures par META (source secondaire).